Lundi 8 octobre 2007
1
08
/10
/Oct
/2007
23:10
Individualisme versus solidarité?
J'ai commencé les cours il y a une semaine déjà. Me voilà dans la capitale. Ah Paris quand tu nous tiens... « A nous deux Paris », disait Rastignac (in Le père Goriot, Balzac).
Oui, à nous deux...
Lundi matin j'ai pris le métro. Aux heures de pointe, la foule est au rendez-vous. Je me dirige hasardeusement vers les portes assourdissantes. Les gens se bousculent, on me bouscule. Je me
laisse emporter par cette foule. Des odeurs nauséabondes inondent le wagon. Ces odeurs plus perceptibles pour moi avec le ramadan. Chacun regarde une direction différente, ils regardent le vide,
le néant. Certains lisent le journal, un livre, leurs notes prises en cours...et moi je regarde les gens. Ils sont tous différents, impossible de dresser le stéréotype « parisien ».
Vêtements, coiffures, sacs, couleurs de peau...tout est différent. Je crois que le stéréotype que l'on peut dresser, c'est au niveau du comportement. Je le qualifie d'individualiste.
En tant que bonne universitaire, du moins en tant qu'élève cherchant à l'être, je me dois de définir ce terme.
On distingue l 'individualisme au sens courant qui correspond à l'égoïsme (à savoir le fait de considérer ses seuls intérêts personnels) et au sens sociologique qui correspond à l'autonomie
des individus par rapport à la société. Dans les analyses sociologiques, on décrit souvent la société industrielle ou moderne comme étant une société de masse i.e.caractérisée par le déclin des
groupes primaires que sont la famille, les voisins, voire même le couple, etc. (appelé aussi l'atomisation de la société). Tönnies ajoutait que l'individualisme (au sens courant) contribue
également à développer cette société de masse.
Le concept de solidarité est apparû environ à la fin du XIXème siècle lorsqu'on a pris conscience que les individus ne sont pas toujours responsables de ce qui leur arrive et donc que ceux-ci
doivent recevoir, dans certains cas, des ressources supplémentaires. C'est d'ailleurs à cette époque que s'est progressivement mis en place le système de Protection Sociale (PS).
La solidarité, telle qu'elle est au XIXème siècle, est donc totalement en opposition avec celui d'égoïsme puisque l'objectif affiché est bien celui d'une solidarité nationale basée sur la
redistrbution des ressources des plus aisées vers les plus défavorisées. Alors, comment cela se fait-il qu'aujourd'hui le système de PS exclut certains individus au point qu'ils n'ont plus que la
mendicité comme recours? Est-ce l'individualisme qui a contribué à cette marginalisation de certains individus de la société?
Bien-sûr notre système français de protection sociale est assez développé comparé à d'autres pays.Je fais référence en particulier aux pays anglo-saxons. Mais est-il assez suffisant pour lutter
contre l'extrême pauvreté voire même l'exclusion? Est-ce dû au développement de l'individualisme au sens sociologique, voire même au sens courant, si un individu perd sa diginité au point de
n'avoir comme recours que la mendicité?Car l'exclusion est un processus. On n'est pas exclu de la société du jour au lendemain. En général, cela commence par la perte d'un travail. Bien-sûr, il y
a les allocations chômage, le RMI, mais cela ne suffit pas. Car il faudrait que le groupe primaire soit fortement présent pour que l'individu ne sombre pas dans l'exclusion. Et c'est là que
l'individualisme fait son apparition. Dans une société où l'individualisme prend une place de plus en plus importante, la solidarité « primaire », si je puis appeler cela ainsi, n'a
presque plus le même impact. On retrouve souvent des Sans Domiciles Fixes ayant encore des membres de leur famille qui vivent toujours voire même des amis.
Pour voir cela, il suffit de comparer l'évolution des sociétés occidentales. Lorsqu'un individu appartenant au monde occidental part en excursion dans un pays dit « sous-développé » il
est toujours choqué de voir « la chaleur, la générosité » du peuple les accueillant. L'individualisme est-il propre aux sociétés occidentales? Je crois que oui.
Par exemple, lorsque j'allais en Turquie, j'allais généralement à Ankara. J'ai toujours été choquée de voir ces mendiants dans la rue qui nous suppliaient de leur donner de quoi
« manger ». Si j'étais choquée, c'était surtout parce que là où je suis née, à savoir dans un petit village en France, les mendiants, ça n'existe pas! D'ailleurs, lors de mon arrivée à
Paris, j'ai tout de suite fait le parallèle avec Ankara, avec ces hauts immeubles et tous ces SDF et ces gens qui s'ignorent,!Bien-sûr, Ankara c'est différent de Paris mais mon petit village en
France est encore plus différent! Quelques années plus tard, je suis allée en Turquie, non pas à Ankara, mais dans un petit village du Sud. J'ai justement eu cette image que me renvoyaient
souvent mes connaissances ici, en France, du peuple « chaleureux et généreux ». Les parents ont encore un rôle prépondérant dans la vie de leurs enfants! Là-bas, il n'est pas question
de maison de retraite!Ce serait une honte, une hérésie, de l'ingratitude envers ses parents (et j'admets être d'accord avec cette vision). D'ailleurs je ne crois pas non plus que le système de
« maison de retraite » ou de « maison de repos » soit très développé dans les grande métropoles turques. Mais bien évidemment, ici, je parle de la Turquie, un pays en
pleine mutation et qui se distingue de loin de beaucoup de pays en voie de développement. Je ne parle pas des pays très pauvres d'Asie, d'Afrique voire même de certains pays du proche Orient et
même de l'Europe de l'Est (no comment, je crois que certains comprendront ce que je veux dire)!
En fait, si je parle des maisons de retraite, c'est justement pour dire que dans certaines civilisations, les liens de parenté ou au sein du village sont tellement forts que l'exclusion n'est pas
possible. Le système du « DON » existe encore et bien souvent on « prie » pour que nos semblables ne soient pas un jour en marge de la société.
Alors moi, quand je vois toute cette misère, je me demande si l'individualisme n'est pas une perversion de notre société? A. Smith s'est trompé, l'agrégation des intérêts individuels ne mènent
pas au bien-être collectif. Le bien-être collectif ne peut être basé que sur la solidarité...
Reva
Derniers Commentaires